12 janv. 2015

Raymond Depardon, Un moment si doux







C’est en toute hâte et par un concours de circonstance que Depardon se retrouve à l’affiche du MUCEM. Initialement prévue pour s’étaler sur les cinquante ans de son jumelage avec Marseille, l’exposition « Les chemins d’Odessa » laisse sa place en catastrophe à Depardon, en raison de la situation politique en Ukraine.

Conçue non pas comme une rétrospective, mais plutôt comme une balade dans l’univers intime de l’artiste sous le fil conducteur de son utilisation de la couleur, l’exposition déjà présentée à Paris l’hiver dernier, fait la part belle aux clichés colorés de Raymond Depardon, depuis ses débuts de jeune reporter dans les années 60 jusqu’à nos heures de 2015.




 Raymond Depardon, illustre inconnu pour ma culture profane en photographie, se cache pourtant derrière des clichés incontournables, notamment le cliché officiel de François Hollande posant pour son mandat présidentiel.

Proche des politiques, l’homme engagé ne se lasse pas de parcourir le monde, donnant une visée quasi anthropologique à ses travaux, égrenés dans l’espace et le temps, qui va jusqu’à le faire pencher pour le format documentaire et le faire reconnaître dans le domaine cinématographique.

Une nomination à Cannes par-ci, un César gagné par-là, déjà exposé aux rencontres photographiques d’Arles, à la Bibliothèque nationale de France et au Grand Palais…

Bon…
Ok, tu gères.
Pardon, Raymond.

Mais qu’en est-il de cette petite exposition marseillaise ? Oui, je dis bien petite. Car c’est ce qui la caractérise selon moi au premier abord. Miroir de son exposition au Grand Palais quelques saisons plus tôt, Depardon nous y rajoute gentiment une vingtaine de petites photos en hommage à Marseille (qu’il ne connaît que trop bien, pour s’y être arrêté de nombreuses fois, lors de ses périples photographiques de la guerre d’Algérie jusqu’à Beyrouth en pleine guerre civile.)

Prises à la hâte en quatre jours, ces petites photos de Marseille. Ca se voit, Raymond.


Peu de gros tirages, peu de variation dans la scénographie, tu te retrouves à presser le pas devant les cadres petit format entrecoupés de têtes des nombreux visiteurs. Dommage.

Mais malgré cette portée visuelle restreinte, il y aura des moments où une image t’accrochera scraaatch comme ça dans ta face tellement c’est du génie, cet art là. Je pense notamment à la série prise à Glasgow dans les années 80 et celle chez les Mapuches du Chili pendant les 70ies.

Mais alors si tu sais faire des chef d’œuvres, pourquoi tout ça, Raymond ? Pourquoi certaines de tes photos je peux faire les mêmes avec mon Canon G12 ? 


Les voies du MUCEM sont impénétrables.
8€ pour Raymond Depardon, un moment si doux, moi je dis non. Stop. Haro, haro.

Si les bouts de céramique et autres systèmes d’irrigation te passionnent, grand bien te fasse, tu pourras aisément trouver ton bonheur dans la collection permanente du MUCEM, ce qui rattrapera un peu la déception sur les murs consacrés à Depardon. (Tu pourras aussi admirer les installations de l’exposition FOOD, produire, manger, consommer qui sans prétention grandiloquente, constitue une petite compilation de différentes réflexions d’artistes sur le sujet.)

Mais si c’est l’amour de l’art qui te fait pousser les portes de l’exposition Depardon, renonce à vider ton porte monnaie, tu seras au meilleur des cas déçu et au pire aigri de cette sortie culturelle un peu trop modeste pour le tapage qu’il en a été fait.

Sans rancune, Raymond.
Je trouve ton génie dichotomique. Pardon.




MuCEM – 1 esplanade du J4
7, promenade Robert Laffont, 13002 Marseille
Du 29 octobre 2014 au 23 février 2015



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