22 févr. 2015

Jeff Koons : Rétrospective




Il fait les têtes d'affiches partout. On le compare à Warhol. On le dit le nouveau Dali. Il fait polémique. Tout le temps. Admiré, décrié, sur le marché de l'art comme dans les magazines, Jeff Koons peut se venter d'avoir saisi la pleine attention du public.

Et d'avoir atteint des records aussi. Dont celui de l'artiste le plus cher de son vivant de toute l'histoire du marché de l'art. Pas trop mal comme titre, Mr Koons. Comment vont les chevilles ?

Sans grande surprise, c'est le Centre pompidou qui s'y colle. Bim, organisation de la première rétrospective majeure sur l'art de Jeff Koons en Europe. Succès fou, le public se précipite, et le musée enregistre des records de fréquentations.

L'exposition retrace donc, à grand renfort de prêts venus des quatre coins du monde occidental, sous un fil conducteur chronologique, l'oeuvre et l'art de Jeff Koons depuis ses débuts dans les années 80 jusqu'à nos jours.


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Peut-être que comme moi, tu ne connais que très peu Jeff Koons. Auteur du gros chien de fleurs à l'entrée du Guggenheim de Bilbao, plasticien à l'honneur de nombreuses couvertures de Beaux Arts magazine et mec ayant fait entrer dans la culture visuelle le homard pendu en 2003. Pour moi, ça n'allait pas plus loin.
Mais non, les enfants, Jeff Koons c'est bien plus que ça.

Avant tout, Jeff Koons est une âme éclairée. Partir une après midi dans ses oeuvres, c'est s'ouvrir à toute une ribambelle de questions pas connes du tout.

Corrélation entre ascension sociale et respiration, souffle. Opposition cultures de masses, cultures ellitistes, questionnements sur les représentations sociales, les formes et les matières, l'univers de Koons peut s'avérer déstabilisant.

Ce qui m'a perturbée, premièrement, c'est cette obsession des codes du monde de l'enfance. Omniprésents dans son oeuvre, Koons moule, peint, sculpte, détourne des objets innocents, qui dégoulinent de mignonerie et viennent cottoyer de très près ses obsessions sexuelles, sa psyché plus adulte.

Deuxièmement, sa série Made in Heaven : ses mises en scènes avec la Cicciolina. D'accord Koons se kiffe. D'accord, il peut : Koons est un beau gosse, actif sexuellement. D'accord Koons veut le montrer. D'accord Koons se tape ostensiblement une star du porno italien de l'époque. Mais dans ses choix de photos, pourquoi privilégier la pornographie crue à l'érotisme flou ? Quelle provoque. Tu en es choqué, mais tu en ris tellement.

Troisièmement, le manque d'esthétisme dans les choix de ses dialogues avec les objets. Pourquoi un chaton sur une corde à linge, pourquoi un cochon avec des enfants sages, pourquoi Michael Jackson et un singe, pourquoi tant de kitsch ?

Mais au delà de ça, Koons se réinvente à chaque série et sait aussi très bien s'y prendre pour fasciner.

J'ai adoré la série Equilibrium. Inlassablement, tu te prends à tourner autours de ses ballons flottant dans l'eau salé, le formol, un truc un peu WTF imaginé par le prix nobel de physique Richard P. Feynman, bien décidé à garder le mystère sur son procédé créatif. Puis très smart, cette corrélation entre l'ascension sociale observée par le sport au travers des pubs nike et l'idée même du souffle, questionnée par la réinterprétation d'objets évoquant l'air coulés dans le plomb.

Je n'ai pu qu'approuver Balloon Dog. Oeuvre d'art la plus chère de toute l'histoire du marché de l'art, on ne peut que reconnaitre que c'est original et plaisant à regarder, ces formes enfantines sur cette surface chromée. Il l'a moulée en cinq exemplaires, en pensant à son fils, qu'il ne voyait plus depuis son divorce avec la Cicciolina.

J'ai surkiffé la petite réflexion publicitaire, et ses vérifications. En prenant le métro, Koons s'aperçoit que le ton des publicité diffère selon les stations. Pour vendre un produit estampillé classe moyenne, on passe forcément par un visuel figuratif. Pour vendre un produit CSP++, on hésite pas à recourir à des formes plus abstraites. C'est vrai. Maintenant, je vais y faire attention tout le temps, partout. Merci Mr Koons.

J'ai souri devant Antiquity. Des compositions absurdes, sur lesquelles on dessine des vagins (et pas des bites, pour une fois !), juste pour faire un clin d'oeil à L'origine du monde de Courbet. Parce que "la sexualité, c'est l'objet principal de l'art", nous dit-il.

Je suis tombée en pâmoison devant Gazing ball. La plus esthétique de toutes ses séries, Koons reproduit par moulage des chef d'oeuvres du Louvre en y apportant sa touche, cette sphère bleue électrique en équilibre sur la statue grecque. Effet saisissant.

Mais que de perplexité face au reste.
Le clou du spectacle de l'absurdité étant pour moi... Le hulk- orgue.
Alors, Jeff Koons ? Génie ? Agitateur ? Imposteur ?
Un peu de tout ça à la fois ?

L'exposition Jeff Koons, te déleste de 13€ pour te remplir de curiosité, de réflexion, d'indignation, d'admiration.
Bref, une bouffée d'art. D'art contemporain de qualité.
Moi, je valide.

Tu ressors en te disant "ben, c'est déjà fini ?". Tu voulais continuer à t'étonner devant une nouvelle série d'oeuvres insolites.

Du coup, moi j'ai plutôt envie d'en savoir plus sur toi, et sur le trouble que tu sèmes, Mr Koons le fallacieux.
Pari réussi pour cette exposition.




Jeff Koons : Rétrospective
26 novembre 2014 – 27 avril 2015
Centre Georges Pompidou, Galerie 1 
Place Georges Pompidou, 75004 Paris

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