11 févr. 2015

L’art de l’amour au temps des geishas.



Au détour d’un couloir du métro, une affiche bleue t’apprend qu’il se trame du scandale à la Pinacothèque de Paris cette saison.

Une double exposition, dans la grande tradition de ces cycles d’arts érotiques, met en corellation l’érotisme au Japon Vs l’érotisme en Inde. Coolitude en perspective.

Arrivée trop tard pour éprouver le tapageur Kama Sûtra, spiritualité et érotisme dans l’art indien, je te livre mes impressions sur L’art de l’amour au temps des geishas : les chefs d’œuvres interdits d’Utamaro à Hokusaï et Hiroshige.


L’exposition se découpe en deux temps. La première partie se peuple de dessins de femmes, dans leurs beaux yukutas colorés, à leurs toilettes, dans leur vies quotidiennes à déployer sans relâche comme des paons les atouts de leurs beauté : les bijinga. La seconde partie témoigne des modes de vie hédonistes de la nouvelle classe bourgeoise dirigeante au Japon sous l’ère Edo, centrée sur son plaisir et ses scènes érotiques : les shungas.

Du sexe. Enfin du sexe, les enfants. Exposition interdite aux mineurs. Ca promet.
Alors, concrètement, les expositions érotiques de la Pinacothèque, ça donne quoi ?

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Si tu as fait le déplacement l’après-midi avec ton mec/ta meuf dans le but de vous émoustiller mutuellement en attendant ce soir, tu risques fort d’être déçu(e).

Contexte culturel ou historique oblige, l’érotisme n’est que peu palpable au travers de ces multitudes d’estampes.

D’énormes bites aux proportions à faire peur (surtout sous le trait d’Utamaro) cherchent leur entrée au cœur de puis vaginaux sans fin, le tout dans des perspectives à l’égyptienne, pleines de mépris pour les lois de la pesanteur et de la physique.

La femme, rarement au sommet de l’acte, donne plus l’impression de subir les assauts du mâle que de se confronter à son plaisir.

Ecrasée sous le poids des conventions (ou le poids de l’homme, ce qui en fait revient au même) qui la tiennent passive, il lui arrive même à plusieurs reprises de donner le sein à l’enfant pendant que l’homme lui enfile sa virilité sans s’en soucier outre mesure. Non mais ALLO les japonais ! On vous savait machistes, mais alors là, ça dépasse tout…

Il m’a semblé relever dans l’exposition deux gémissements, deux postures de plaisir féminin contre une multitude de glapissements aussi sauvages que semblent l’être la rencontre sexuelle où l’on se flaire, se renifle, à la manière du coït animal, non sensuel, et sans volupté.

Parfois voyeur lorsqu’un étranger observe la scène à la dérobée, le cadrage est toujours le même et les estampes s’enchainent sur les murs sans se démarquer vraiment les unes des autres.

Question anatomie, on travaille différemment d’un bout à l’autre de la terre. La où l’occident se refuse encore à dévoiler l'intimité des corps, Utamaro, s’il ne maitrise (ou ne s’interesse ) guerre la perspective du mouvement des jambes, sait en revanche rendre très fidèlement sur papier la constitution d'un vagin. Petit coquin, va.

Verdict personnel : Excitation zéro. Même pas émoustillée, même pas affriolée.

Je sors de cette expo en me disant qu'au final la marge est étroite entre humanité et animalité. 

Aucun érotisme dans cet art de l’amour de la baise au temps des geishas sans geishas. Je ressors assez perplexe de cette expo qui m’a fait froncer les sourcils à plusieurs reprises devant les mœurs sexuelles japonaises que j’aurais cru plus raffinées. 
200 ans plus tard, le manga hentaï, direct héritier de l’estampe érotique, transmet les mêmes valeurs particulièrement machistes et c’est à déplorer. Allo les japonais, culture poussée du fantasme : y a des trucs à remettre en question dans votre psyché.

Alors voilà, sans y avoir assisté, je me dis que le pendant de l’exposition L’art de l’amour au temps des geishas, l’exposition Kama Sûtra, spiritualité et érotisme dans l’art indien devait être un peu plus intéressant.

A noter tout de même une très belle découverte : le trait fascinant d'Hashiguchi Goyo. Son travail, tout de même classé dans les estampes, diffère énormément des standards d’Hiroshige, Hokusaï et Utamaro, que seul un œil averti peut distinguer les uns des autres.
Goyo joue des codes de l’estampe sur lesquels il souffle un vent plutôt occidental, en y incluant notamment des notions de perspective : ses crayonnés exposés m’ont laissée sans voix.

J’ai pris plaisir également à fixer les portrait noir & blanc/couleur du Japon du début du siècle.

Mais 13€ plein tarif pour assister à tout ça ? Que neni, mon ami.

Si les estampes ont l’art de te plaire, achète toi plutôt un recueil d’estampes. De toutes façons grosso-modo ça tourne autour du même format, et qui a vu une estampe, en a vu 110, tant elles se ressemblent toutes. #mauvaisefoidujour


L’art de l’amour au temps des geishas : les chefs d’œuvres interdits d’Utamaro à Hokusaï et Hiroshige
6 novembre 2014 – 15 février 2015
Pinacothèque I 28, Place de la Madeleine – 75008 Paris

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