27 janv. 2016

The Danish girl





Pour son sujet plutôt singulier, pour la beauté de ses costumes d'époque, pour son affinité artistique et parce que j'aime beaucoup Eddie Redmayne, il me tardait d'aller voir The danish girl.


Et maintenant que c'est chose faite, autant te dire que je suis mitigée.
Il m'a fallu réfléchir longtemps pour comprendre pourquoi The danish girl n'a marché qu'a moitié avec moi.

En sortant de ces 2h de salle obscure, on a clairement la sensation d'avoir vu un bon film et d'avoir passé un bon moment. Outre la beauté de l'histoire, la perfection dans la direction artistique - autant dans les décors que dans les costumes - le propos de fond, complexe, est traité avec beaucoup de finesse et de sensibilité.

Le film s'ouvre avec les premiers succès d'Einar Wagener en tant que peintre qui commence à être reconnu par ses pairs, attisant quelque peu la jalousie de sa femme, Gerda Wagener, également peintre de talent à qui personne ne daigne prêter attention et se finit avec l'opération de changement de sexe d'Einar.

J'ai on a pleuré. Parce que c'est triste. Parce qu'on ressent du fond du coeur la souffrance de Einar/Lili, son mal-être et sa douleur, tout comme on ressent -sinon plus- celle de Gerda, sa femme envers et contre tout.

Seulement voilà, quelque chose cloche.

J'ai eu plus de compassion pour Gerda que pour Lili. Alors que ça aurait du être le contraire.

L'histoire de Lili Elbe, premier homme de l'histoire à savoir tenté une opération de changement de sexe, n'est vue qu'exclusivement du point de vue du couple. Et ça forcément, ça change la donne. On ne s'attarde guerre sur les sensations d'Einar/ Lili. On bascule directement sur les répercussions du couple, au mépris bien souvent du point de vue de Lili en temps que personne individuelle à part entière. 

Du coup, ça dessert complètement la cause Transgenre. C'est horrible, parce qu'on a envie que Lili disparaisse. Et qu'elle nous ramène Einar. Alors que le film aurait du véhiculer l'inverse. Dans son journal Man into woman, Lili Elbe dit se sentir coupable du meurtre d'Einar Wegener.

On a envie de crier à Einar d'arrêter ses simagrées. Parce que c'est à Einar qu'on s'est attachés. C'est pour Einar qu'on a le coeur qui palpite quand il échappe de justesse à l'internement psychiatrique. On tremble presque de voir Lili déambuler dans la pièce. On a envie de hurler quand elle se couche avec sa perruque, dans les bras de sa femme. On sent trop l'horreur, l'angoisse et la détresse dans le regard de Gerda.

Ce qui fait que je n'ai pas réussi à m'attacher à Lili. Genre je n'ai pas réussi à bien aimer le personnage principal. En ça j'y vois un mauvais parti pris dans la réalisation.

Au niveau de la performance des acteurs, c'est pourtant du haut niveau.

J'ai trouvé Eddie Redmayne assez époustouflant. On le savait, qu'il était beau. Avec ces traits fins, ce visage fascinant. Mais après visionnage de ce film, tu le sais d'autant plus que Eddie Redmayne est beau. Dans cette incroyable transformation, ce n'est pas tant ses expressions du visage qui font mouche. C'est plutôt cette coquetterie dans le regard, affriolante, et surtout, surtout : ses gestes. J'ai été bluffée par la féminité de ses gestes, de ses postures.

Alicia Vikander, qui est plutôt du genre à me laisser indifférente,  - elle a pourtant des rôles généralement chouettes, de femme forte à qui il arrive des horreurs ( Testament of youth / Royal affair ), mais non, c'est étrange, j'ai du mal à bien l'aimer - livre une sublime performance et perce autant l'écran qu'Eddie Redmayne, le personnage principal. Je ne serais pas surprise qu'elle rafle l'oscar, cette année.

Cependant, sans me dire déçue, je reste assez perplexe.
Est traité dans ce film le comment. N'est absolument pas traité le pourquoi.
J'ai beau savoir, être consciente qu'une erreur de la nature peut nous attribuer un sexe qui n'est pas le notre, après tant d'années, je me demande toujours pourquoi. Pourquoi certaines personnes écopent de cette mauvaise blague à leur naissance. Pourquoi eux et pas moi.

Beaucoup d'incompréhensions, beaucoup d'interrogations, et avouons-le, beaucoup de craintes jalonnent le film.
On ne comprend pas pourquoi un couple si complice et si épanoui, amoureusement, amicalement, sexuellement, artistiquement n'arrivera pas à tenir la route. 
Je ne comprends pas pourquoi un peintre qui avait de grands rêves et avait choisi d'y consacrer sa vie se retrouve à ne plus vouloir toucher un pinceau (même s'il s'agit d'une histoire vraie). Il change juste de sexe, pas de personnalité.

Au final, ça se sent, qu'une seule partie de la véritable histoire a pris vie face à la caméra. Einar Wagener aura mis plusieurs dizaines d'années pour devenir Lili Elbe. Gerda Wagener aurait quelques tendances lesbiennes. Quant à son mari, au delà du transgenre, on lui aurait prêté une identité intersexuelle.

J'avoue pourtant m'être énormément retrouvée dans la personnalité de Gerda Wagener. Parce comme elle, je pense que l'amour n'est pas figé. Qu'il a plusieurs visages et qu'une fois qu'est tissé ce lien si fort, il ne peut s'évaporer. Parce qu'Einar est la personne la plus proche de sa vie. Et qu'au nom de cela, son amour ne se défera pas. Même lorsqu'il deviendra Lili. Elle comprend lentement qu'elle doit s'effacer, dire adieu à son mari qui ne l'est plus, ce qui ne va pas l'empêcher de faire preuve d'amour et de loyauté jusqu'au bout.

Bref, The danish girl reste une histoire extrêmement touchante. On en ressort avec des impressions, des sensations, des questions, en quantité. Même si tu restes silencieuse et désarçonnée, et même s'il te sort assez rapidement de la tête les jours qui suivent, tu sais que le film t'auras marqué d'une façon ou d'une autre. Et pour ma part, je sais qu'un jour je lirai Man into Woman, le journal relaté de Lili Elbe.

Quant à savoir s'il va parvenir à faire entrer du plomb dans le crâne toucher les homophobes, j'ai bien peur que The danish girl reste une déception pour la cause LGBT.
A en juger par les rires de hyènes des deux meufs (jeunes) derrière moi pendant la scène (un joli moment subtil et sensible) où Einar s'observe dans le miroir, en emprisonnant sa bite entre ses jambes histoire d'avoir l'impression d'avoir un vagin, je me dis que c'est pas gagné.

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En apprendre plus sur la véritable histoire derrière le film The danish girl ici 



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