18 janv. 2016

Je pleure une icône personnelle



Alan Rickman
(1946-2016)



Il est des gens qui nous inspirent, qui forcent le respect, sans que l'on sache trop pourquoi. Alan Rickman en faisait partie.

J'aimais les traits de son visage, et sa façon de s'en servir. Son nez fuselé, ses tempes marquées, sa bouche pincée et ce regard caverneux. On l'a rarement vu sourire, Alan Rickman. Et pourtant, il le faisait constamment. Avec les yeux.

J'ai toujours été impressionnée. Par ce charisme. Par ce flegme britannique.
Par ce qu'il se dégageait de lui. Quelque chose de chic, de la prestance, de l'élégance.

"Talent is an accident of genes and a responsability."




" I'm the character you are not supposed to like. "


Le classicisme à l'anglaise


Allan Rickman je l'ai surtout aimé/connu en costume drama. Parce qu'il en a fait beaucoup et parce que j'adore les costume drama. Et parce que ça lui va à merveille, les rôles du 19ème. Parce qu'il est brillant dans ces rôles emprunts du poids du passé. Mais ce n'est pas tant son élégance et sa classe à la gentleman anglais qui font de lui un inoubliable monument de cinema.

Peut-être juste ce coté très Shakespearien dans ses rôles.
Alan Rickman c'est toujours de la tenue, un dos bien droit, de la prestance. Un homme discret, plutôt dans la retenue. Quelque chose de ténébreux dans les attitudes.

Je n'ai jamais eu la chance de le voir se produire sur les planches de théâtre. Pourtant, ça m'aurait plu de le voir déclamer les vers de Shakespeare, entre autres.

Un homme inspirant


Alan Rickman n'avait pas spécialement prévu de dédier sa vie à la comédie. Initialement, sa passion, c'était le dessin. Il avait fait ses débuts en tant que graphiste dans une agence de com (high five, mate !) avant de se rendre compte que non, c'était bel et bien autre chose qui le possédait, c'était la scène. Il finit par intégrer la très prestigieuse Royal Shakespeare Company. Il se produit sur les planches, va jusqu'à voir son nom sur l'affiche à Broadway.
Et voici qu'à l'âge de 42 ans, il fait ses débuts dans le cinema. S'en suivra une brillante carrière internationale, depuis laquelle il ne délaissera jamais le théâtre. ll multipliera les rôles, jamais banal, toujours très différents. Deviendra vice-président de la Royal Academy of dramatic art. Grand lecteur, il écrira des scénariis, montera des pièces de théâtre, réalisera des films. Bref, un artiste complet.

" If you judge the character, you can't play it. "


Une belle histoire d'amour


C'est à l'école d'Art qu'il rencontre sa femme, à l'âge de 19 ans. Et c'est douze ans plus tard qu'il entame cette histoire d'amour, qui ne le quittera plus jamais. Ils ont tous les deux lâché le dessin. Il prospère sur les planches, elle est devenue politicienne (Labour party). Ils seront l'unique amour l'un de l'autre toute leur vie. Ils se marient secrètement en 2012, passé la soixantaine. Ils n'eurent jamais d'enfants.



Une impressionnante carrière cinématographique


Le public le retiendra pour ses rôles toujours un peu nonchalents, renfrognés, derrière lesquels finira souvent par percer une grande sensibilité. Il me marquera par ses choix d'incarner des personnages torturés, d'une façon ou d'une autre. Carrière commencée passé la quarantaine, il se fait remarquer dans Die Hard - Piege de cristal où il manque de voler la vedette à Bruce Willis. S'en suivront de grand succès commerciaux comme de timides pellicules.

Personnellement, je retiendrai Sense and Sensibility, Truly Madly Deeply, L'invitée de l'hiver, Love actually, Sweeney Todd, Snowcake, Le parfum, Les jardins du Roi, et bien sûr Harry Potter. 

Et parmis ceux que je n'ai jamais vu, j'irai vers Rasputin, Dark Harbour, Mesmer, Judas Kiss, Gambit, Galaxy quest, An awfully big adventure, Close my eyes, Michael Collins, The limehouse Golem (2016), Eyes in the sky (2016).


" I don't play villains. I play interesting poeple. "


Jusque dans les filets de Tim Burton


Mais ce qu'il m'est arrivé d'admirer le plus souvent chez Rickman, c'est son attrait très marqué pour le sombre et le ténébreux.
Cet amour du mystérieux, et du fantastique capable de le pousser jusque dans un casting de Tim Burton. Et ce, à trois reprises. J'y vois une intelligence et une sensualité rares. Cerise sur le gâteau de ma fascination pour cet acteur. Et de nos points communs.


Le cas de cette voix caverneuse


Ecouter Alan Rickman en V.O, c'est toujours une expérience un peu étrange.  Né avec une malformation de la mâchoire qui l'obligeait à ne jamais trop ouvrir la bouche, Alan Rickman conserve cette manie en grandissant, qui influence le ton de sa voix. Voix qui fut reconnue comme l'une des plus parfaites du répertoire humain, d'un point de vue scientifique. 


Un certain goût pour la lecture et l'écriture


Alan Rickman prêta sa voix de nombreuses fois, la plupart du temps pour des récits fantastiques. De sa voix unique aux accents caverneux, il fait chanter les mots avec le talent du conteur.
De ses dons multiples sort aussi une certaine envie de monter des pièces et de réaliser des films. Tant du côte de la scénarisation que de la réalisation, Alan Rickman fait mouche deux fois, dans le récit de deux histoires sensibles. Et c'est à ses premières partenaires qu'il fera appel pour cela, deux grandes actrices hollywoodiennes qu'il dirigea, Emma Thompson dans L'invitée de l'hiver et Kate Winslet dans Les jardins du roi.


De l'humour, toujours


Quant à sa personnalité même, l'entourage du très discret Alan Rickman le disait doux et encourageant, jamais dépourvu d'humour. Très différent des rôles qu'il incarne à l'écran.


" A film or a book can make a difference. 
It can change the world. "


Les années Severus Rogue



Mais c'est évidemment de son rôle dans la saga Harry Potter que le monde retiendra principalement les performances. Choisi par J.K Rowling elle-même au casting, Alan Rickman campe un personnage délectueusement ambigu année après année, qu'il interprète avec brio, tout en subtilité, à l'image de son personnage.

Outre le talent, ce qui impressionne, c'est la situation dans laquelle s'est trouvé Alan Rickman. Au cours du tout premier opus, alors que la rédaction de ses livres est encore inachevée, J.K Rowling convoque l'acteur pour s'entretenir avec lui : il sera la seule personne à connaitre la clé de la saga Harry Potter en dehors de son auteur. Et il saura se taire de longues années pour ménager le suspense.

Et comme en auront témoignées ses déclarations, il les aura aimées, ces années Severus Rogue. Rowling n'aurait pas pu imaginer trouver meilleur défenseur. Quant à nous, les fans d'Harry Potter, on est heureux. Heureux d'avoir eu Alan Rickman dans les traits de Rogue pour mieux le craindre, le détester, le prendre en pitié puis l'admirer.

" When I'm 80 years old sitting in my rocking chair, I'll be reading Harry Potter. 

And my family will say to me "After all this time ?"

And I will say "Always"."


J'espérai voir ce visage qui ne savait sourire qu'au travers de ses yeux dans toujours plus de films audacieux, réalisés par ses soins peut-être, comme il avait brillamment su le faire avec Les jardins du Roi (2014).

Je pleure une icône personnelle dont la mort m'a profondément affectée. Un flot incessant de larmes ne m'a pas quitté cet après-midi. C'est peut-être une part de ma jeunesse qui s'en va. C'est peut-être un  visage qui rassure, un bout miroitant de la grandeur artistique à l'occidentale qui n'est plus. C'est peut-être un morceau d'une belle époque qui se détache de cette vie.

Quoi qu'il en soit, c'est un grand homme comme un grand artiste (à envergure transgénérationnelle) à saluer pour la diversité de ses choix cinématographiques toujours si surprenants.

Mais surtout, surtout... c'est un ambassadeur puissant de l'esthétique "arbres-morts" qui s'en est allé.

Alors, du fond du coeur Merci. Merci pour toutes ces années.
Merci de m'avoir tant inspirée.



" And it's a human need to be told stories. "

Rest. In. Peace, Alan Rickman.


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