10 déc. 2016

London Calling for disabled

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A priori, s'offrir un séjour à l'étranger au beau milieu d'un gros soucis de santé, ce n'est jamais l'idée du siècle. Quand tu sais que récemment tu as passé plus de quatre jours allongée pour cause de grosses douleurs, que tous les moments de ta vie ne sont qu'un calcul pour marcher le moins possible, sortir de cette routine qui te maintient sur pieds te parait impensable.

Pourtant, dans chaque maladie, qu'elle qu'elle soit, il y a la dimension morale à ne pas sous-estimer.
Et je suis persuadée qu'elle régente le corps bien plus que ce qu'on veut bien le croire. Cette occasion de partir à Londres qui s'est présentée à moi, j'avais envie de la saisir. Alors je l'ai fait. Et le corps a serré les dents, mais m'a suivi sans de trop grosses difficultés.

Ce qui m'aura le plus manqué pendant cette convalescence, ce ne sont pas tant les manquements quotidiens, les plaisirs simples (danser, aller acheter le pain, se promener dans les bois, aller faire les magasins, se baigner, peindre) mais plutôt la vie statique, immobile conduisant à l'impossibilité de voyager. Voir d'autres choses, sortir du cadre, multiplier les découvertes : un besoin, un élément que je savais constituant de ma personnalité, mais dont j'ignorais ma dépendance.

Donc la grande question la voici :
Peut-on (re)visiter Londres avec une algodystrophie de la cheville ?

La réponse est oui. Si tu gères bien.

Restons tout de même réalistes. Il faut le sentir. Perso j'ai profité d'une accalmie générale de mes symptômes, qui m'indiquaient clairement un léger mieux pour me lancer à l'assaut de la capitale anglaise.

Qui dit grande capitale, dit plein de cafés partout, tous les 100 mètres, donc la possibilité de s'asseoir facilement. Ce qui m'a convaincue, et ce qui a rendu ce voyage possible, d'ailleurs.

L'avantage à Londres ? De nombreuses stations de métro proposent des accès handicapés, bien que la plupart d'entre elles se concentrent en banlieue, là où tu n'iras pas.

L'idée pour ma part, c'était de rendre visite à une amie, avant son prochain départ pour plusieurs années à l'autre bout des océans. Elle me logeait, et c'était l'occasion pour nous d'étroitiser notre amitié futurement longue distance. Ce qui d'une pierre deux coups me permettait de visiter the great London, pour la cinquième fois dans ma vie.

Mais peut-on vraiment profiter de la capitale anglaise avec une algogystrophie de la cheville ?
La réponse est oui. A condition d'adapter ses visites à sa condition.



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La bonne formule pour moi
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- De l'importance de faire des demi-journées  : Oui c'est frustrant, mais c'est la meilleure solution pour bien profiter de ce petit séjour, sinon tu vas arriver au jour 3 sans plus pouvoir bouger. Avec ce rythme de demi-journées, j'ai pu tenir 10 jours en sortant visiter tous les jours.

- De l'importance de s'arrêter souvent : Manger au resto, boire des cafés dans des salon de thé, des bières dans les pubs, s'arrêter manger un dessert. En plus la période s'y prête parfaitement. Les échoppent sortent leurs saveurs de Noël, tout est à découvrir.

- Laisser tomber le shopping. Oui, je sais, c'est frustrant. Mais forget Oxford Street, même si tout est à -30% pour le Black Friday, tu peux pas tenir, il faut te faire une raison.

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Ce qui m'a sauvée
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- du Lamaline : trois par jour, toutes les 4h. Au bout de plusieurs jours, mon corps s'y était habitué, j'ai donc du doubler les doses. J'en étais donc à 5 par jour, sachant qu'on peut aller jusqu'à 10. Quoi qu'il en soit le Lamaline a vraiment été le sauveur du séjour. Merci, merci, merci l'opium.

- des bonnes chaussures, qui te prennent bien le pied, moi c'était mes Armistice Stone one : ici

- un dispositif chauffant : peluche volcanique ou coussin en noyaux de cerise à faire chauffer au micro-onde ou, le cas échéant si tu loges dans un endroit dépourvu de micro-onde, une bouillotte ! Moi j'ai utilisé cette bouillotte Primark achetée sur place, dès que je rentrais le soir et dès le réveil le matin, et ça m'a endigué les douleurs, farouchement.

- un budget conséquent : tu vas t'arrêter souvent, tu vas donc beaucoup sortir ton porte monnaie. Avantage : tu vas amplement profiter de la gastronomie du monde entier dans une ville cosmopolite comme Londres.

- une épaule pour te soutenir : boyfriend, friend, parent ... à utiliser comme une canne et comme un repose pied en fonction des variations de la journée (tu l'auras compris, much much love is needed). Clairement un plus, il s'agit néanmoins d'un élément facultatif. J'ai expérimenté la visite avec et sans, et les résultats sont à peu près les mêmes.

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Londres pratique
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Il te faudra, assez impérativement :

- une Oyster card à la semaine, obligatoire. Oui ça a un cout, mais c'est vraiment un must sur lequel ne pas transiger quand on a des soucis de motricité.

- un smartphone avec forfait utilisable à l'étranger 
Moi je me suis servie de l'itinérance de free pour activer mes données cellulaires et j'ai abusé et re-abusé de la géolocalisation pour trouver mes arrêts de bus et évaluer mes distances de marche.



Conseils
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- Préférer les bus, tant que possible.

- Fréquenter des lieux animés, plein de commerces et de cafés : facile de s'arrêter lorsqu'on a mal et qu'on a besoin de repos.

- Eviter les grandes stations telles que Westminster et Embarkment tant que possible.

- Avoir toujours un plan de métro sur soi. Les stations pour handicapés (comprendre : avec ascenseurs) sont indiquées, ce qui est très pratique.

- Ignorer le regard des gens, plus pesant qu'ailleurs dans un pays étranger.
-"What have you done to your foot ?" If only you knew.
-"Can you step in, you're in the middle of the way !" No I can't, I'm injured.
-"You know, you must look after this foot...". I know, I'm trying...
Comment je pourrais t'expliquer ? "Look, it's not broken, it's a disease. Muscles, tendons, nerves, nothing work in my ankle and I'm in constant pain since 1 year and 4 month. The healing is very long, I feel so desperate and so depressed. Because of medecine's side effects, I put on weight so much and the fact you're telling me this clearly show me how much I look like zombies in Walking dead so thank you for making me feel like a freak." Donc non, bien évidemment. Je vais juste me taire et t'ignorer.

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L'Eurostar
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J'ai choisi l'Eurostar pour plusieurs raisons. La plus bête, j'avais à rentrer en France seule, et la perspective de prendre l'avion toute seule m'angoissait fortement. Puis, mis bout à bout avec le temps pour relier les aéroports au centre ville, on a aussi vite fait de prendre le train.

L'Eurostar nous promet de rallier Londres à Marseille en 5h30, mais c'est assez mensonger. Il faut compter plus, car il n'est pas possible d'avoir de liaison directe, un changement s'impose. Tu peux le prendre soit à Paris soit à Lille.

En tant qu'algodystrophique, il faut privilégier impérativement l'Eurostar par Lille. Le changement se fait dans la même gare et il ne faut pas spécialement beaucoup marcher. Tandis qu'à Paris, il faut carrément changer de gare et se farcir le trajet Gare du Nord / Gare de Lyon, par le RER donc, et inutile de te dire qu'à Paris dans les grandes stations il faut déambuler sur des kilomètres pour joindre la bonne correspondance, en plus de se farcir tous les cassos de la Cour des Miracles qui lorgnent dangereusement sur ton appareil photo dans le RER D dont le plan n'est pas très clair pour qui n'en a pas l'habitude (gros moment de stress).

ATTENTION : garder en tête que des contrôles très stricts se font en direction de l'Angleterre.
En France, personne ne contrôle quoi que se soit, ce qui est assez honteux d'ailleurs vu les récents événements. En Angleterre, tu passes un check-in à l'aller et au retour digne des aéroports, avec l'obligation d'enlever les bijoux, les manteaux et les chaussures. Et comme toujours en Angleterre, le check-in est le même pour tout le monde, que tu aies ton train / avion dans 10 min ou dans 1h10, tout le monde s'en tape, tu fais la queue. Bref, il faut s'y prendre à l'avance.

Mon passeport a été scanné et on a pris ma photo lorsque j'ai quitté le pays, autant te dire qu'avec les 10 jours de CCTV everywhere et cette petite mesure de précaution, je suis carrément fichée en UK, un peu comme aux USA et en Thaïlande, mais en moins pire quand même : eux ils ont mes empreintes digitales aussi.

Autre désagrément : bizarrement lors de la réservation de tes billets, à chaque clic, le prix augmente, ce qui a juste le don de te faire sentir pris pour un con jusqu'au bout des ongles. Si la SNCF dans un communiqué dément son utilisation de ce procédé, bullshit c'est pas vrai, les prix s'envolent crescendo au fur et à  mesure de tes hésitations. Et pour te prouver à quel point les choses sont opaques, je me suis rendue en boutique pour acheter mon billet. En passant par un opérateur, il était beaucoup plus cher. Explication : oui non mais c'est pas le même prix parce que les tarifs de la SNCF (qui a des parts dans l'Eurostar, d'ailleurs) sont préférentiels en choisissant un aller-retour direct gna gna gna. En passant par la borne automatique de la boutique SNCF, encore un autre résultat.
Trois manières de faire, trois prix différents. Est-ce qu'on nous prend pour des cons, un peu, passionnément, à la folie ? Oui, oui, oui. A la folie.

Au final, la méthode la plus simple était de passer par l'Eurostar tout court. Pas de mauvaises surprises, on t'indique sur le site le nombre de places restantes et tu sais à quoi t'en tenir.

La solution pour éviter de se sentir pigeonné : la navigation privée. Indispensable pour éviter ce genre de désagréments capables de te pourrir un séjour.

Pour obtenir un tarif décent, veiller tout de même à réserver son billet entre une et deux semaines à l'avance. Pas deux jours avant, comme moi.


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Le métro londonien
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Le métro londonien, clairement moins alambiqué que le métro parisien, ne te fera pas souvent passer pas une flopée de couloirs inutiles. Les raccord de stations sont peu nombreux et ne dépassent jamais les trois lignes.

Au premier abord le système est tout sauf logique. La sainte loi française : un quai, une ligne ne s'applique pas systématiquement ici, et tu as intérêt à bien lire les écritaux pour ne pas te retrouver à Wimbledon au lieu de South Kensington.

Le londonien utilise les points cardinaux pour se repérer sur les platformes. Si la station où il veut se rendre se situe à l'est de celle où il se trouve, il lui faudra suivre l'eastbound platform. En conclusion, t'as toujours intérêt à avoir le plan du métro en tête/ sur toi.

C'est écrit partout mais il faut le garder en tête : toujours rester à droite.
Les heures de pointe n'ont rien à voir avec celles du métro marseillais, et tu auras tôt fait de te faire violenter si tu ne respectes pas ce précepte anglais. 

J'ai déambulé la plupart du temps sur la Circle line, la Hammersmith & the city et la Victoria. Bien qu'on nous répète à chaque station le très fameux "Mind the gap between the train and the platform", le fameux vide entre la rame du métro et le quai n'excède pas les 15cm, ce qui ne représente en rien un problème pour qui que se soit.

Les lignes sont neuves, bien aménagées, spacieuses et la plupart du temps j'ai pu m'asseoir.

Seulement, quand il m'a fallu prendre la Bakerloo, la Central et la Northern, autant te dire que j'étais -absurdement- pas tranquille. L'espace est clos, étriqué, les rames et les quais assez vétustes, ça grince, ça balance et surtout, surtout... Il s'agit d'un rail unique, où deux métro ne se croisent pas. Le tunnel, très très étroit, ne laisse que peu d'espace entre la rame et le mur, si bien que la claustrophobe en moi avait l'impression d'avancer dans un cercueil ambulant sous terre, c'était très compliqué de garder son sang froid. Si je me sentais 100% secure dans les nouvelles lignes telles que la Circle et la Victoria, les anciennes étaient les théâtres de scénarios des plus apocalyptiques -on y pense très facilement par les temps qui courent- et mon imagination a beaucoup travaillé.

Globalement, un sentiment de sécurité flotte tout de même sur le réseau de métro londonien.
Bien plus qu'en France, où l'on croise parfois -ok, souvent- des espèce de têtes franchement flippantes et des attitudes louches à toute heure du soir et de la journée.

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Les bus londoniens
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L'avantage ? On peut monter à l'étage, pour une vue imprenable sur la ville. Il y a des rampes au niveau des escaliers, et si tu attends que le bus s'arrête au feu rouge, tu as le temps de monter sans forcer. Les bus londoniens sont également tous équipés d'un accès handicapé.

On les croirait pratiques et simples, mais non. Le réseau de bus londoniens ont la putain de particularité d'être bien plus complexes que le réseau de bus français. 

La sainte loi française : une rue, un arrêt de bus qui marche avec tous les bus n'a pas lieu d'être à Londres. Chaque bus passe par un certain nombre d'arrêts, matérialisés par des lettres. Exemple : le 26 passe par les arrêts J, K, M, LH, SJ, Y, mais pas par le Z. Pourtant, il est à coté, alors pourquoi ? No idea. Mais il va falloir marcher.

Attention à bien prêter de l'importance à ces fameuses lettres. La géolocalisation sur mon smartphone m'a été indispensable pour naviguer entre les correspondances et/où savoir où choper le bus. Et encore, même avec cet outils, j'ai parfois eu du mal à me retrouver, nottamment à Charring cross.

Et je t'annonce la couleur : il n'y a pas de plan des bus disponibles à Londres. C'est ligne par ligne. Alors démerde-toi. La solution réside dans... L'usage des applications smartphone.



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Les bonnes applications smartphone
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- City Mapper : la plus utile en tant normal. Complète, bien foutue et intelligente, elle t'indique le meilleur chemin à prendre dans un large choix d'option, le tout sans besoin de connexion à internet.


- Plans : Pareil que City Mapper, en légèrement moins bien foutu.


- Google maps : qui est celle que j'ai préféré, au final, car la seule qui m'indiquait clairement le temps de marche entre les stations. Nécessite d'activer ses données cellulaires, cependant.



Solutions pour motricité réduite à Londres :
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- Les Riverbus sur la Tamise, qui au tarif des transport of london te permettent de naviguer sur la Tamise, t'offrant une jolie vue générale sur Londres (attention : la prendre de Westminster jusqu'à Canary Wharf.)

- Le Waterbus depuis Little Venice jusqu'à Camden, une autre façon d'explorer les quartiers les moins touristiques de Londres.

- Les bus à impériale, depuis lesquels on peut en voir beaucoup sans avoir à se déplacer à pieds ni à payer le grand tarif guidé / dégueu / impersonnel touristique.

- Les chaises roulantes louables dans les musées. Pour moi, c'était clairement non #fierté.


Conclusion
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Oui, il est possible de (re)visiter Londres avec une algodystrophie de la cheville !
Sans en payer les conséquences avec un effet rebond, ni de douleurs excessives "représailles", en plus ! J'ai même l'impression de voir encore un recul de la maladie, suite à ce voyage. Un peu comme si faire quelque chose qui te fait plaisir, dont tu avais vraiment envie, te fait tellement de bien à la tête que ça s'impacte dans ton corps...

2 commentaires:

  1. C'est très courageux de ta part d'être partie quand même. Surtout que Londres t'incite à faire des kilomèèèèèètres pour tout voir...
    Beau séjour en tout cas :) et top ces infos pratiques !

    Julie

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  2. Merci, c'est gentil :)
    Comme tu dis, il faut marcher des kilomèèèèètres, du coup j'ai vu assez peu de choses ah ah...
    J'avoue que j'ai hâte de retrouver ma cheville et ma vingtaine, loin de la vie de mamie zombie handicapée que je mène en ce moment.

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