12 nov. 2016

Mr. Robot

Mr robot Rami Malek
Mr. Robot Rami Malek
Mr. Robot Rami Malek
Mr. Robot Rami Malek
Mr. Robot Rami Malek
Mr. Robot Rami Malek
Mr. Robot Rami Malek
Mr. Robot Rami Malek





Découverte majeure de l'année, qui redonne foi en l'Amérique. C'était pas gagné récemment. Mais le peuple le plus no brain de la planète s'avère aussi celui capable de nous pondre de temps en temps des pépites franchement dignes de ce nom.

Si la série "Mr. Robot" a crée la surprise et l'emballement général, c'est clairement parce qu'elle s'avère être de grande qualité.

Récompensée aux Emmy Awards et aux Golden globes pour la meilleure série dramatique de l'année, son acteur principal, Rami Malek, sacré meilleur acteur dans une série dramatique, fait l'unanimité en tant que nouvelle valeur montante d'Hollywood.


"The world itself is one big hoax."



Dans la lignée de la trilogie suédoise Millenium, et du travail de David Fincher, à la croisée des influences de Fight Club et American Psycho, Mr. Robot, clairement inspiré des hacktivistes Anonymous flirte avec la Sci-Fi pour son léger côté dystopique.

Il est question de technologie, de manque de sens, de discours et actions révolutionnaires, d'anti-capitalisme. Bref, la société contemporaine se fait atomiser sévère, à coup d'arguments plein de sens.

Mr Robot, c'est une série américaine qui pour une fois ne te propose pas te poser ton cerveau sur la table basse pendant la durée d'un épisode, ce qui m'a hautement séduit.

Le pitch : Elliot Alderson, inadapté social, toxico, s'enlise dans une vie étrange où le contact humain l'effraie. Son vrai talent s'exerce auprès des machines : le hacking. Employé dans une société de sécurité informatique, son rôle est de protéger la très influente Evil Corp, qu'il déteste à titre personnel et idéologique. Aussi, lorsqu'il se fait approcher par un SDF un peu louche qui lui propose de rejoindre la F-Society, un groupuscule de hackers prêts à faire tomber Evil Corp, Elliot se retrouve plongé au coeur d'une cascade de choix qui feront de lui le cerveau d'une opération d'envergure : l'effondrement du monde capitaliste occidental. 


Parce que... une série exigeante


Peu encline à aimer les séries qui se déroulent au sein de notre monde contemporain -surtout quand c'est aux USA- j'ai tout de suite accroché, genre dès le premier épisode.

Peut-être pour son format narratif original : le spectateur est d'emblée étiqueté "ami imaginaire du personnage principal."  
En voix off, Elliot s'adresse fréquemment a la caméra, conscient d'avoir un public avec lequel il partage ses dialogues intérieurs, des réflexions plus que pertinentes. La voix claire, grave et feutrée de Rami Malek y est peut être pour quelque chose, son anglais fluide et parfaitement articulé coule comme du nectar au fond de sa gorge.

La particularité ? On est vraiment dans le jeu d'échec, dans les jeux de pouvoir.
Pas (ou peu) de violence, pas (ou vraiment peu) de sexe, rien de racoleur.
Mais des tas de questionnements, des jeux d'illusions, des métaphores, et du mystère en couches épaisses, le tout distillé avec pertinence.

J'ai aimé le propos, toujours réceptive aux histoires de marginaux rebelles habillés de noir.
Les thèmes abordés sont particulièrement complexes et fascinants : la solitude, l'addiction, la perte, la puissance, le courage, l'illusion, le contrôle, le génie, la perception.

Les pièces s'avancent sur l'échiquier. L'intrigue est dense et pointue. Parfois, on s'y perd. Celui qui a tiré, c'est Dark Army ? Mais il joue à quoi avec Sharon Knowles ? Hacker le système informatique d'une prison, carrément. Price : mais c'est une blague ?

Si comme moi tu es une quiche en informatique, que la richesse de ton vocabulaire n'excède pas le système binaire, le virus et le malware, tu seras perdu quelques fois, mais ça n'a pas d'importance au final que tu ne comprennes pas tous les tenants et les aboutissants du langage des hackers, au ton de la voix et au jeu d'acteur, tu t'aperçois vite de ce qui relève de la haute voltige stratégique et de ce qui doit être évité à tout prix.



Parce que ... les personnages 


J'ai adoré Elliot, le personnage principal.
J'ai aimé ses méandres d'homme perdu, torturé à souhait.
Ses speechs sur la société sont juste brillants, nihilistes et éclairés. Sa dégaine, ses galères, ses expressions souvent dans l'inconfort et l'absence, son esprit aiguisé, son courage en font un personnage franchement touchant qui ne laisse pas les hormones féminines indifférentes. Rami Malek, son interprète, avec son physique atypique et ses yeux de poisson, fait preuve d'un talent ahurissant, charismatique face aux lignes de codes, sniffant de la morphine, échaffaudant les plans les plus brillants, en plus de porter le hoodie comme personne.

Elliot, contrairement à ses apparences de sociopathe, est bourré d'empathie. Il se demande juste en permanence comment interagir auprès des gens. J'ai adoré ses hésitations, son manque d'éloquence, sa vision du monde. Son personnage s'inscrit dans la lignée des plus emblématiques, ceux qui me fascinent et mettent en exergue mon gros faible pour les inadaptés sociaux. Clairement un gros coté Lisbeth Salander pour l'aspect génie malade inadapté, qui a su me séduire au plus haut point, étant donné qu'il s'agit de mon perso féminin préféré de tous les temps.

Le personnage d'Angela, américaine type assez banale, n'a pas franchement réussi à me plaire, bien que de nombreuses scènes lui sont dédiées. Les expressions toujours un peu apeurées, anxieuses de l'actrice Portia Doubleday savent rendre son personnage sincère.

Celui de Darlene en revanche, m'a fait jubiler. Complètement barrée, audacieuse et tête brûlée, j'ai adoré ses regards outrés, ses manières garçonnes, sa sensualité comme ses discours passionnés. Sa voix de crécelle, de prime abord insupportable finit par en devenir attachante. Carly Chaikin est juste rayonnante et charismatique.

Mr Robot, trouble jusqu'au bout des ongles, intrigue, agace. Impossible à cerner, sa présence met mal à l'aise. Christian Slater et ses sourcils arqués incarnent parfaitement la sournoiserie du personnage et j'ai aimé la dissonnance provoquée par son look de new yorkais typique, pas loin du SDF.

Je me suis très vite attachée à Shayla, la dealeuse, douce brebis aux yeux cernés de noir dans un monde de brutes.

WhiteRose, le puissant personnage du temps, dont la montre bipe toutes les minutes, est original, intriguant, étrange et dangeureux à souhait.

Tyrell est juste parfait dans son rôle d'ambitieux névrosé dont pas un cheveux ne dépasse de son costume impeccable. Le charisme, il l'a. Et on s'en aperçoit dès le premier épisode. Le très BG Martin Wallstrom l'incarne à la juste perfection.

Joanna, sa femme, véritable sirène, m'a donné froid dans le dos plus d'une fois. On ignore si c'est la cruauté, le sadisme ou la folie qui danse au fond de ses yeux. Les deux forment un couple parfaitement flippant dans leur ascension à tout prix vers le pouvoir, et l'actrice Stephanie Corneliussen s'avère assez vénéneuse et fascinante.



Parce que ... la mise en scène


La vraie bonne surprise qualitative de cette série, c'est aussi ses choix de mise en scène.
Un décor soigné, de jolis plans, pour un maximum d'effets : dynamiques, mélancoliques, menaçants...
Visuellement, c'est très beau, plutôt froid et sombre. Une esthétique à la Fincher, à coup de filtres bleus glacés.

Les revirements de situation, et l'antagonisme réel/illusion permettent l'introduction de jolies subtilités.
J'ai adoré les métaphores utilisées (la plus belle : l'affiche erreur 404, à la place de la maison manquante / les gens du bureau qui portent leurs émotions écrites sur des pancartes autour du cou), le rythme et la tournure qu'elles illustrent.

Musicalement, Mr. Robot envoie du lourd. Pesant, oppressant, sombre, agile et mélodieux. Des sonorités electro, pour faire écho à de nombreuses scènes de complications harwares : une bande son très Trent Reznor & Atticus, high level, donc. A écouter : ici & ici

Au milieu de cet instrumental, quelques excentrismes, posés comme des figures de style.

La Sarabande d'Hendel lorsqu'Elliot s'illustre dans un moment de grandeur, Where is my mind des Pixies quand il se vautre dans la confusion la plus totale. J'ai adoré cet écho muscial, qui amplifie les effets.

De très jolies découvertes musicales aussi, comme le titre aérien Lupe Fiasco - Daydreamin' (Feat. Jill Scott) enveloppant dès les premières notes.











Mr. Robot Rami Malek

" Our democracy has been hacked "







Si j'ai été captivée dès le premier épisode (scène clé : ici) et scotchée par les trois suivants, un tournant se fait pour moi à partir de l'épisode 6.
Inégalité dans le récit, ça part plutôt en couilles, et ce qui était parfaitement maitrisé deviendrait presque maladroit. On dirait que les scénaristes se sont disputés et ne prennent plus trop la peine de ficeler leurs trames ensemble.
D'un épisode a l'autre, on abandonne les intrigues pour sauter sur des nouvelles. Ça part dans tous les sens, crescendo cacahuetes. L'intrigue se complexifie hautement, et se détache progressivement d'Elliot pour aller se poser sur l'épaule des autres personnages, ce qui ne m'a pas emballée. Le fait d'ajouter des meurtres, de la schizophrenie, de la corruption, ça devient confus pour au final donner presque l'impression de brasser du vide. La conclusion de la serie perd beaucoup en force et en cohérence par rapport au propos initial. Dommage.



Mr. Robot Rami Malek

" Control is an illusion "




Plus longue de quelques épisodes, cette saison est placée sous le signe de la confusion. Il est question majoritairement de contrôle. Qui est vraiment aux commandes des événements ?
Tyrell Wellick a disparu, Mr Robot sous-entend qu'Elliot en est le responsable. Quand des affaires de meurtres épaississent la merde noire dans laquelle s'est fourée F-Society, c'est le F.B.I qui se lance sur leurs traces, tandis que Dark Army déploie sa toile et qu'Evil Corp rayonne encore et toujours de puissance.

De plus en plus détaché de la personnalité d'Elliot - un épisode nottament se joue sans sa présence - et à mesure que l'intrigue avance, les autres protagonistes s'imposent.
Le personnage de Darlene s'étoffe, celui d'Angela gagne en présence. Mr. Robot, toujours aussi énigmatique, agace de moins en moins et Joana Wellick parait de plus en plus redoutable.
Deux nouveaux personnages intriguants viennent grossir les rangs : Leon et Dominique Dipiero, dont on ne sait pas franchement quoi penser.
J'ai aimé le développement de Darlene, et sa relation touchante avec Cisco, la petite frappe de Dark Army. J'ai aimé l'audace grandissante d'Angela qui se démarque enfin.

Les premiers épisodes accueillent un Elliot coincé dans une routine absurde qu'il se force à suivre pour garder le contrôle. Revirement de situation au RDV. L'illusion, encore.
Mention spéciale pour l'épisode 7, gros trip fumette façon vieille sitcom des années 80.
Autre moment fort : la tirade d'Elliot sur la religion : ici.
Comme le laisse encore sous-entendre le season finale, quelque chose nous a échappé. Elliot nous a (encore) menti. Quelle est la part de vrai, quelle est la part d'illusion dans cet imbruglio ?
Plus que jamais, le mystère et le suspense sont de mise.


CONCLUSION :
______________

Bref, une série grandiose, qualitative et exigente. De qualité visuelle, scénaristique, émotionnelle. Une mise en scène au top, des personnages grandement interessants, une intrigue passionnante et teeeellement d'actualité. Tout se joue au mystère, aux jeux de pouvoirs. et surtout beaucoup d'illusions et de niveaux différents de compréhension, dus au fait qu'Elliot, le personnage principal, est sacrément perturbé mentalement.
A voir absolument. Surtout si tu es réceptif aux esprits rebelles vêtus de noir.

On attend donc impatiemment la saison 3, prévue pour Mai 2017.
Quant au nom que porte la série, qui nous a pas été divulgué - c'est vrai ça, pourquoi "Mr. Robot" ?- je gage personnellement que c'est parce que c'était le nom du magasin d'électronique de son père.



Mr. Robot Rami Malek



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