Le Lyrica dans la gestion de l'algodystrophie

10/20/2016





Parce que la médecine ne sait pas vraiment comment soulager une algodystrophie, le médecin, dans son traitement de fond, a décidé de me prescrire du Lyrica pour la gestion de la douleur. 

Voyant la posologie qui s'étendait sur des mois, je me suis tout de suite méfiée. J'étais à deux doigts de refuser de le prendre. Et puis, j'ai fini par écouter ma Mamie, ancienne infirmière, qui m'a convaincue de faire confiance à la médecine. 

Alors j'ai fermé les yeux, j'ai avalé le premier comprimé, et j'ai pris soin de ne surtout pas lire la notice d'emploi, celle qui t'informe toujours des pires scénarios possibles et qui parvient à te faire hésiter à prendre un doliprane. 

Mal m'en a pris. 
Je regrette d'avoir croisé le chemin du Lyrica, comme j'ai rarement regretté quelque chose. 


Qu'est-ce que le Lyrica ? 





Le lyrica (pregabaline) est un médicament analgésique chimiquement apparenté à une substance présente dans le cerveau, l'acide gamma-amino-butyrique (GABA). 

Indiqué dans le traitement des douleurs neuropathiques périphériques et centrales chez l'adulte, il est davantage connu pour sa prescription anti-épileptique et également préconisé pour la traite de certains troubles anxieux généralisés. Son action s'exerce sur le cerveau où le médicament freine la libération de substances chimiques responsables de la douleur. 

En 2011, le Lyrica faisait partie de la liste des 77 médicaments « sous surveillance » publiée par l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé).



Quatre mois de prise du Lyrica



Mon cousin, étudiant infirmier, m'avait mis au parfum, direct. "Quoi, tu prends du Lyrica ? C'est le truc qu'on donne aux épileptiques. Et aux vieux dans les maisons de retraite." Ahem. 

Je n'ai pas trop cherché à m'appesantir sur la chose, sinon, je savais que j'allais tout de suite couper court au traitement et fausser les diagnostics du médecin.

Au début la posologie était "peu importante", de "seulement" 100g par jour, sachant qu'on peut aller jusqu'à 300. Comme mon corps réagissait au traitement précédant à base d'injection de pamidronate, je m'étais on m'avait mis en tête que j'avais besoin du Lyrica pour affronter cette douleur nouvelle. Et puis, les douleurs ne faiblissaient pas, et j'avais mon échéance à Paris, à ne rater sous aucun prétexte, alors le doc m'a augmenté la dose, 150g par jour. Comme ça m'avait tout l'air de calmer les douleurs, j'ai continué ce train là, sur plusieurs mois. 

D'ordinaire très mauvaise dans ces régularités, je prenais religieusement soin d'ingérer les 150g quotidiennement, le moindre oubli du soir, que je rattrapais le matin même, se ressentait dans la cheville dès le réveil.

J'ai commencé à sentir le piège se refermer sur moi une nuit à l'hôpital, alors que Joseph le très gentil infirmier de nuit (médecin libanais non reconnu par l'Etat, une honte, ce mec était incroyable, un vrai médecin qui s'intéresse à ses patients) m'a dit que mon dieu, des doses si élevées, ohlalalala à mon âge c'était hallucinant. Il m'a dit qu'il dit qu'il fallait absolument que je fasse des mouvements, même allongée, "faites-le, s'il vous plait". J'ai dit oui, sans pouvoir tenir le rythme, parce que ça m'augmentait les douleurs.

Bilan au bout de 4 mois de prise quotidienne : +7kg.
M.E.R.C.I le Lyrica.


Effets secondaires ressentis 



Qui dit traitement de cheval, dit effets secondaires conséquents. 
Parmi cette liste digne d'un roman, j'ai observé sur moi les suivants :

- Grosse, grosse, grosse sensation de fatigue et d'endormissement aux premières heures après la prise. Impressionnant. Sensation de grosse, grosse lutte pour rester éveillée. S'estompe puis disparait au bout du premier mois. 
- Sensations de faim. Constantes. Ne s'estompe et ne disparait jamais. Ah ah. 
- Appétit d'ogre. 
- Brouillard, léger voile devant les yeux.
- Difficultés de concentration.
- Sensation de bouche pâteuse, assoiffée. Constante.
- Dérèglements rénaux
- Lenteur du cerveau et impossibilité de connexion qui dure parfois quelques secondes (rare)
- Empêche la consommation d'alcool (le lendemain matin, t'es encore bourré). #convivial

Notons quand même que sur la notice, est indiqué la possibilité de ressentir des pulsions meurtrières, envers soi même et les autres suite à la prise du Lyrica. #thisisnotajoke

Méthode de sevrage 


Sachant qu'il y a quelque chose d'addictif dans le Lyrica, qui fait qu'on ne peut l'arrêter brutalement. Sinon c'est pas drôle. Le processus de désengagement est le suivant : diviser de moitié de ta dose journalière pendant dix jours, diviser encore (on obtient la dose minimale) pendant 10 jours, puis une dose tous les deux jours pendant 10 jours. 
Sortie du traitement : durée, 1 mois. 

Méthode pour palier à la peur du sevrage 


Moins se servir du membre douloureux. La cheville, dans mon cas. Tenter de se raisonner en se disant que moins on s'en sert, plus vite ça guérira. Paye ta vie de merde en attendant. Oui, je sais. C'est long. Oui, je sais, je sais... C'est tellement long...

Bilan de prise du Lyrica


Je ne reconnais plus mon corps. 
L'inactivité physique (car impossible) couplée à cette putain de molécule a fait des ravages.

Je n'ai jamais pesé aussi lourd sur la balance, de toute ma vie, même dans les pires périodes de prises de poids (le stress de l'école d'art privée) qui m'avait quand même explosé la silhouette. Je vois les répercutions de ce fait sur mon corps, que je ne laisserai jamais s'installer de manière indélébile, mais qui me frustrent encore et toujours davantage. Cellulite, vergetures, des choses que mes cuisses ne connaissait peu voire pas jusque là. C'est plutôt moyen pour la confiance en soi, pour ne pas dire catastrophique. 


L'après Lyrica 


Suite à l'arrêt du Lyrica, je n'ai pas constaté de changement vis à vis de la douleur, ce qui me fait me dire que j'ai pris ce traitement purement et simplement pour rien.
Les effets secondaires se sont effacés et peu à peu, j'ai pu retrouver toute mon acuité mentale et toutes mes facultés de concentration.

Six mois plus tard, je dresse un bilan dont je ne peux dire avec certitude s'il est en conséquences directes de la prise du lyrica ou les cures de pamidronate ou quoi que se soit d'autre, sachant que je n'ai absolument rien ingéré de pharmaceutique depuis la prise de ce traitement.

Mon appétit s'est ouvert. De manière incroyable. Rien de ce que j'affectais de faire contre ne semblait marcher et je ressentais ce besoin d'avaler des choses, de manger, très très très fort. Ce besoin a mis des mois à se tarir.

Il m'est poussé des boutons. Des espèces d'excroissances de chair différentes de l'occasionnelle acné qu'il m'est arrivé de croiser un beau jour sur mon visage. Ceux-ci sont très difficiles à déloger.

Une sensation de soif m'habite continuellement, comme si cette faculté de mon corps s'était déréglée.

Il m'arrive désormais d'avoir mal à la tête, chose qui ne m'arrivait strictement jamais auparavant. C'est peu fréquent, absolument pas aussi fort que ce que subissent les coutumiers du mal de tête et les gens sujets aux migraines, mais c'est tout de même là.

Conclusion 


J'ai l'impression d'avoir pris du Lyrica pour rien. D'avoir ravagé mon corps pour rien. D'avoir endommagé mon cerveau gratuitement. J'aurais aimé que le médecin m'informe des effets secondaires de ce médicament, et me demande mon consentement, au lieu de m'administrer sa saleté comme on administre un traitement à une bête de ferme.

J'attendais qu'il ne me laisse pas trembler sur doctissimo pour glaner les informations qu'il ne me donnait pas, sans pouvoir faire le distingo entre les fables et les exactitudes. Sans compter les probables effets à plus long terme (prendre un truc qui a une action sur tes neurones, c'est pas d'un naturel fou). Donc non, merci bien. Cette saleté, plus jamais dans mon corps. 

Peut être le Lyrica a-t-il pu aider certaines personnes, d'autres corps, d'autres pathologies, d'autres niveaux d'algodystrophie. Dans mon cas il m'est apparut inutile et j'aurais préféré clairement ne jamais avoir croisé sa route.

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Tous les articles dédiés à l'algodystrophie sont regroupés sous le libellé Algodystrofuck


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