Les Rencontres d'Arles 2017

8/29/2017



Les Rencontres d'Arles : le temps fort culturel de l'été dans le Sud de la France, qui revient chaque année avec son très cool festival international de photos !

Comme un rituel à ne pas manquer depuis plus de cinq ans, (coucou 2015, coucou 2016) quelles que soient les conditions

Pour ce cru 2017, claudiquant sur ma cheville toujours algodystrophiée, c'est avec quelques réticences que j'ai consenti à passer ma CB dans le terminal bancaire. Les deux années précédentes, une direction artistique très différente s'était accaparée du festival, pour mon plus grand déplaisir. La beauté, poésie, plongée pure dans l'art photographique s'est progressivement retirée chaque année pour laisser place à plus de sujet politisés où l'esthétique est souvent relégué au second plan. Damn.

En est-il de même pour cette édition 2017 ? Réponse : oui. Damn again.

La cause ? Le changement de président. Hubert Védrine a repris les rennes du festival depuis trois ans. En tant qu'ancien ministre des affaires étrangères, il est dans l'ordre des choses qu'il tire la ligne éditoriale du festival plus vers la politique que vers l'art. Damn, damn again.

Verdict : de la même façon que l'an dernier, je n'ai pas retrouvé le goût délectable qui m'avait tant plu lors des éditions 2012-2014 .

De l'esthétique putain les gars, de l'esthétique.
Peu de concept cette année, beaucoup de documentaire.
Mais bon, très franchement. C'est déplaisant cet aspect politisé d'un festival artistique.

Je me suis rendue compte que dans un contexte comme celui-là, festival avec plus de 40 expos à voir en un temps réduit, où mine de rien on rush rush rush pour la salle suivante, la photo documentaire, ça m'emmerde. Pas le temps de lire tous les cartels, pas le temps de se pencher sur le sens de toutes les démarches "artistiques".

Et qu'est-ce ça me les brise de voir des photos qui n'ont rien de fameux remporter des grands prix sous prétexte de blablabla politique.

A noter tout de même, un effort grandissant en terme de scénographie. On cherche, on essaye, on se renouvelle. Et le résultat de ce côté là est plutôt cool.

Du coup, on est droit de se poser la question : est-il encore utile de payer son pass au prix fort pour aller voir Les Rencontres d'Arles quand on est amateur d'art et de photos ?

Et bien la réponse est oui. Quelques merveilles se distillent toujours dans le morne paysage des photos de guerre et autres aberrations visuelles.





Michel Wolf - L A  V I E  D A N S  L E S  V I L L E S 

Eglise des frères pêcheurs



Coup de coeur pour le travail de l'artiste allemand. Michael parcourt les villes du monde entier et immortalise différentes séries de clichés sur les réalités de la vie urbaine. Au coeur de son travail, l'occupation de l'espace. Des appartement miniscules et saturés d'Asie au rames de métros surpeuplées, en passant par les usines de jouets de Chine. J'ai été profondément marquée par ce pannel de jouets collés entre eux, ramassés dans des foires et brocantes aux Etats-Unis, le pire dans l'histoire étant qu'un certain nombre de ces jouets, normalisés et fabriqués à grande échelle, je les avait eu avec moi quand j'était petite. La scénographie dans l'église, avec ses jeux de lumière sublimes magnifie les clichés du photographe. 
J'ai adoré sa réflexion et la beauté de ses photos sur les balcons d'Hong Kong, très graphiques et franchement magnifiques.

 




L A  V U E L T A !

Chapelle Saint Martin du Mejan

La vuelta, c'est une exposition multiple, une sélection de 28 artistes colombiens. Au moment où le pays entre dans une nouvelle ère après la conclusion d'un accord de paix avec les FARC, la photographie raconte les mutations de la Colombie, au travers des approches aussi diverses que variées. Reconstitutions drôles d'affiches de films, flingues de barons des cartels de drogues, super héros détournés, travail graphique entre urbanisme et nature, appareil génitaux d'insectes en macro... Une variété aussi belle que surprenante à ne pas rater.



Marie Bovo - S T A N C E S 

Eglise des Trinitaires 



Un coup de coeur pour les photos de Marie Bovo. Avec Stances, la photographe s'embarque dans différents trains pour de très longues distances, parcourant d'Europe orientale et de la Russie notamment. À chaque arrêt du train, sans savoir sur quel paysage, sur quelles architectures, sur quelle lumière s’ouvriront les portes, l'artiste installe son appareil photo aux portes d’entrée du wagon et prend son cliché, avant que les portes ne se referment. J'ai adoré ses photos, qui sont comme des fenêtres sur le monde fascinant d'une autre Europe, aussi méconnue qu'abandonnée.




I R A N , année 38

Eglise Saint Anne

Sur fond de photographies diverses et variées, l'Iran se raconte, de sa révolution islamique à ses guerres. Si quelques clichés sont poétiques, la plupart sont plutôt nettement axés côté documentaire. Intéressera les passionnés de la photographie journalistique immortalisant des clichés de guerre au Moyen Orient, à peu près tout ce qui personnellement, ne me passionne pas du tout.







Le spectre du surréalisme

  • Eva Kotatkova - N O T  H O W  P O E P L E  M O V E  B U T  W H A T  M O V E  T H E M 

Atelier des Forges

Une petite série conceptuelle de photo collages par l'artiste tchèque Eva Kotatkova. J'ai aimé bien sur ses couleurs, formes et imaginaires, qui correspondent expressément à mon esthétique favorite dans l'art.






  • Erwin Wurm - O N E  M I N U T E  S C U L P T U R E S 

Atelier des Forges


Coup de coeur pour cette petite série de l'artiste autrichien Erwin Wurm. Dans une précédente exposition, l'artiste met en scène son propre public en lui proposant d'incarner une oeuvre d'art le temps d'une minute. Selon des instructions précises et scénarisées à l'avance, les gens se glissent dans la peau d'une scultpure, loufoque au possible, sous le regard des passant. Face à l'objectif de l'artiste, il leur est demandé de tenir la pause durant une minute. J'ai trouvé l'idée ainsi que le résultat particulièrement cool, artistique et les photos franchement brillantes !  





Karlheinz Weinburger - S W I S S  R E B E L S 

Magasin Electrique


Swiss rebels ce sont les très belles photos du photographe suisse Karlheinz Weinburger, amateur autodidacte en charge du photo club de son entreprise, montées comme une rétrospective inédite de son travail engagé. Magasinier chez Siemens, l'artiste réalise des clichés pour le magazine masculin Der Kreis, mettant en scène les mauvais garçons de Zurich. Exclus de la sociétés, adorateurs de James Dean et d'Elvis Presley, ces hommes posent fièrement devant l'objectif, fiers de leurs signes extérieurs de révolte.



Silin liu - J E  S U I S  P A R T O U T 

Atelier de la Mécanique

Une série particulièrement drôle, qui flirte autour du concept de l'imposture en s'appuyant sur les grandes images historique du 20ème siècle. J'ai adoré l'humour de Silin Liu qui, à coup de montages photoshop s'incruste absolument partout, dans les grands événements, aux côtés de Churchill, Marylin Monroe, Martin Luther King, Simone de Beauvoir, la Princesse Diana et Mao Zidong. La photographe greffe aussi son visage dans des photos d'inconnues, traversant le temps et les genres. Bref, l'artiste chinoise m'a beaucoup fait rire avec son Je suis partout.




Mathieu Asselin - M O N S A N T O

Magasin Electrique


La série photographique la plus coup de poing du festival, clairement. Mathieu Asselin, petit provençal bien de chez nous, met en lumière les actions honteuses de la filiale Monsanto et ses répercutions désastreuses.

Monsanto, créateur des OGM et de l'agent orange, herbicide toxique déversé sur les civils lors de la guerre du Vietnam, c'est aussi et surtout ce trust partout dans nos assiettes, malheureusement. Ses actions, connues et déjà décriées, s'étalent bien au delà de ce que le grand public croit savoir de Monsanto.

Si j'ai été fascinée par les grandes photos d'aberrations humaines dans du formol, j'ai pour ma part eu beaucoup de mal à regarder les portraits de la jeune fille née sans bras et du jeune garçon né sans yeux.






Jean Dubuffet - L' O U T I L  P H O T O G R A P H I QU E 

Atelier des Forges 



Une salle consacrée à la production photographique de l'artiste contemporain Jean Dubuffet. Des centaines de photos mettent en lumière les passerelles plastiques et picturales jalonnant son travail, la photographie l'ayant souvent aidé dans sa production artistique. Un ticket pour les backstages, dans les coulisses de sa vie artistique, en somme. Tour à tour outil créatif, doux, fou et attendrissant, j'ai aimé me plonger dans l'atelier et le souvenir de la vie de l'artiste, dont le regard aussi malicieux que bienveillant m'a beaucoup touchée.




Inspirations scénographiques







Conseils pratiques ici

C O N C L U S I O N 


Les Rencontres d'Arles 2017, exactement comme les Rencontres d'arles 2015 et 2016 accusent le coup de choix franchement très politiques et l'orientation va clairement vers la photo documentaire, un genre pas toujours passionnant. Je crains que la tendance ne s'empire au fil des années futures et qu'il faille faire le deuil des belles expositions où le visiteur en prenait plein les yeux, esthétiquement parlant. Preuve en est : cette année, pas de grand photographe supra connu et reconnu dans la sélection.

Cette édition 2017, elle était moins conceptuelle. Moins "laboratoire de recherches artistiques" et plus "il se passe de la merde dans le monde en ce moment, parlons-en #guerres #misère #déchets". 
Du coup, la mécanique c'est la même que celles des expositions d'art contemporain : beaucoup de merdes trucs bofs pour quelques trucs biens. La bonne attitude à avoir aux Rencontres d'Arles, ce serait donc d'en prendre et d'en laisser, en serrant les dents à cause du prix d'entrée. Ou de se renseigner pour tenter les visites guidées (testées l'an dernier, effectuées par des étudiants en Art qui prennent les oeuvres au sérieux).

P.S : la bonne idée, c'est quand même celle d'enmodebonheur : y aller pour le vernissage. 

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