Marina ◆ Carlos Ruiz Zafon, amour & mystère gothique dans les brumes de Barcelone

26 nov. 2017


Il n'était pas possible de ne pas me pencher sur toute l'oeuvre de Carlos Ruiz Zafon. Adoratrice de cet auteur depuis la lecture de L'ombre du vent et du cycle (quasi) complet du Cimetière des livres oubliés, j'ai jeté mon dévolu sur Marina, son premier roman, qui trônait sur une étagère à la bibliothèque et ne regrette franchement pas la balade.



Le pitch : Au détour d'une de ses errances habituelles dans le Barcelone des années 80, Oscar tombe nez à nez avec une demeure où la musique enchanteresse et la beauté d'une montre arrêtée l'ensorcelle. De sa rencontre avec Marina, la fille du propriétaire du lieu, Oscar gardera un souvenir ému. Désormais intime de cette famille d'artistes déchus, Oscar se laisse entrainer par Marina sur l'étrange piste du mystère de la dame en noir, celle qui frayait souvent sur les tombes du cimetière de la Sarría.

Les thèmes : 
l'amour ◆ l'adolescence ◆ le mystère ◆ la mort ◆ Barcelone



Carlos Ruiz Zafon aime a répéter que Marina est son texte favoris parmi les romans qu'il a écrit. D'une certaine façon, je pense comprendre pourquoi. Il est son texte le plus "touchant" que j'ai pu lire jusque là.

Marina, c'est un roman qu'on pourrait classer dans les romans jeunesse, bien que l'auteur s'en défende, ne comprenant pas ce besoin de différencier les genres adultes et jeunesse. L'histoire des personnages, qui met en scène deux adolescents et leurs premiers émoi amoureux, reste une histoire assez claire, pure et candide. Je me suis très rapidement pris au jeu de cette lecture, même si j'ai trouvé certains défauts, deux petites maladresses que je n'avais pas croisé dans les romans qui suivirent L'ombre du vent.

Comme toujours avec Zafon, j'ai beaucoup aimé le pitch, gothique à souhait.
Cette fois-ci il est question de savant fou, de papillon noir, de montre arrêtée, de mannequins vivants, de peintre et de chanteur d'opéra. De transcender la mort.

Le point fort du roman, ce sont les personnages.
Je m'y suis très rapidement attachée.
Oscar le petit gars en plein apprentissage de la vie, aussi curieux que courageux.
Marina, la battante, mature pour son âge, en pleine fonte des glaces.
German le touchant grand homme, grandiloquent au chagrin infini.
Mihail, l'homme de pouvoir, indépêtré de son enfance dans les bas fonds de Prague.
Eva, l'étoile talentueuse maltraitée d'Europe de l'Est.
Claret, Maria Shelley, et même Serguei et Tatiana, ayant chacun leur petite histoire touchante.

Moins fouillé - certainement car moins dense- que L'ombre du vent, le style d'écriture de l'auteur est toujours aussi exquis. Ça coule comme un fleuve, tu te laisses porter comme une feuille.
Parallèlement, le registre est moins subtil, on est plus dans l'épouvante, courses poursuites avec des monstres included. Plus classique, en somme.

Et toujours cet hommage pour l'écriture et l'art en général. J'aime cet amour dévorant, ce respect total que vaut l'auteur aux disciplines artistiques, qu'il s'efforce toujours d'envelopper de magie, de pouvoir transcendant sur la vie.

J'ai senti que très vite je faisais partie de leur aventure, comme souvent avec Zafon.
J'ai adoré la rencontre avec Marina, qui n'était qu'une question de temps, sur un vélo dans la brume, le mépris au coin de la lèvre.
J'ai été touchée par cette histoire d'amour follement belle et ingénue, qui m'a ramené quelques années dans le passé, au même âge.

Marina et German son père, leur foyer au lustre désargenté, leur complicité flagrante.
Depuis les yeux de la solitude d'Oscar, on se retrouve vraiment dans cette relation bancale, teintée d'amour mais sans lien officiel, qui unit le jeune gaçon autour de ceux qu'il considère comme sa famille, sans que le titre ne puisse lui échoir.

Avec toujours Barcelone comme cadre d'intrigue, on navigue encore et toujours sur les Ramblas, dans la Sarria, des quartiers pas toujours connus cette fois-ci, hormis le Raval, le Barri Gotic et le Parc Guell. Au vu de cette insistance dans la description des brumes de Barcelone, ce que je prenais pour un des affres de l'imagination de l'auteur est peut être un phénomène à observer dans la cité catalane, en fin de compte. Autant te dire que ça sent fort un prochain voyage à Barcelone en perspective, en hiver s'il vous plait.





Carlors Ruiz Zafon, petit barcelonais cinquantenaire, issu d'un père assureur et d'une mère femme au foyer, grandit dans l'amour des récits, qu'il se fait dans sa tête dès l'enfance. A l'adolescence, il monte un fanzine avec des copains, finalement censuré par le directeur, jugé trop sanglant. 
Cet amour du fantastique et du gothique, le suivra toute sa vie. A 14 ans, il écrit un roman de 600 pages, ses premiers essais sérieux d'écriture. Son bac en poche, Zafon se dirige vers la publicité, où il excelle de nombreuses années et connait l'aisance financière. Mais il sent bien que la pub n'est pas vraiment son truc. Il s'essaye à la littérature jeunesse et s'arrête rapidement. Son truc à lui, c'est le roman, clairement. 

Sa marque de fabrique ? Cette veine gothique et mystérieuse, qu'on retrouve facilement dans ses romans. 

C'est bel et bien L'ombre du vent et son cycle Le cimetière des livres oubliés qui le propulsent au sommet avec plus de 14 millions de livres vendus en Espagne et dans le monde. L'engouement est sans précédent. Récompensé par de nombreux prix, traduit dans une multitude de langues, Zafon aime à raconter à quel point son premier éditeur n'avait pas parié un sous sur sa pépite, jugée trop peu commerciale. 

Désormais auteur à succès, Zafon et sa femme s'installent à Los Angeles, où il s'introduit également scénariste, en parallèle de la rédaction de ses romans. Il partage désormais sa vie entre Barcelone et Beverly Hills. Carlos  Ruiz Zafon est aujourd'hui l'auteur espagnol (encore vivant) le plus lu au monde. 



Toujours une joie de retrouver le style d'écriture et les choix d'atmosphères de Carlos Ruiz Zafon. Marina, qui suit les mêmes schémas des autres romans de l'auteur espagnol, revêt cette fois-ci un caractère plus adolescent, roman d'apprentissage au centre duquel l'histoire d'amour prévaut sur le mystère de l'intrigue. Comme à chaque fois le charme fait mouche et emporte le lecteur, qui n'a aucune envie de lâcher sa lecture et part très loin, main dans la main avec les personnages, à l'assaut d'une énigme fantastique en plein coeur de Barcelone.

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