

Pas facile de profiter de l'automne en Provence. Avec notre climat méditerranéen très sec et peu pluvieux, l'été s'attarde tandis que l'hiver tombe d'un coup, ce qui nous laisse peu de temps pour sentir la saison des feuilles colorées. D'ailleurs, elles se colorent bien après les autres régions de France, ne nous laissant à proprement parler qu'une fenêtre de tir très réduite pour profiter de ses ambiances : de fin Octobre jusqu'à fin Novembre.
L'ambiance est calme, un peu mélancolique. En marge des touristes, quelques visiteurs s'aperçoivent ça et là, mais globalement nous avons les lieux pour nous. Etrangeté de cette France des campagnes, irrespirable en été, désertée hors saison.
Nous sommes ensuite allées visiter Saint Restitut, où nous avons mangé dans un des derniers restaurants acceptant les clients après 13h30. Le village n'est pas grand, pas spécialement charmant sous cette lumière-là. L'office du tourisme étant de bon conseils, nous suivons ses recommandations pour la journée.






À quelques encablures de Saint Restitut, au fil d'une petite route sinueuse dans la colline, les caves du mas Theo envoutent le visiteur. Nichées dans une ancienne carrière de pierre, les caves cathédrales portent bien leur nom. C'est dans ce site creusé dans la roche que le vigneron paysan Laurent Clapier, passionné par son métier, propose un parcours découverte autour du "vin vivant" et de la biodynamie, une conception vinicole en adéquation avec l'agriculture biologique.
Tout est sublime dans les caves cathédrales. On se croirait transportés dans un autre monde, un peu steampunk sur les bords. Formes, couleurs, lumières... Je me suis imprégnée de cette ambiance sombre et parfaitement automnale avec beaucoup de bonheur (et d'insistance, j'y serais restée encore des heures). Mon imagination s'est mise à tisser des rêves d'idées à dénouer, sans parler de mon ressenti très positif du lieu en général, qui m'aura fait forte impression, en plus d'être parfaitement romanesque.
Les caves cathédrales

Le soleil décline, nous sommes en fin d'après-midi un jour d'Octobre, proche du passage à l'heure d'hiver. C'est la meilleure lumière, celle de la golden hour, qui vient frapper les vieilles pierres de ce magnifique village pour lequel j'ai eu un vrai coup de coeur. Perché sur un éperon rocheux, La Garde Adhémar, classé dans Les plus beaux villages de France, recèle de quelque chose de mystérieux entre ces murs. Une atmosphère séculaire, presque celte semble émaner de ce lieu.
Le village tire son nom de sa fonction : il était l'avant poste protecteur des Adhémar, riche et puissante famille provençale, seigneurie de l'époque ayant donné son nom à la ville de Montélimar. Ce bourg bâti au 12ème siècle a gardé son atmosphère médiévale, avec ses voûtes, sa superbe église romane, ses sublimes petites ruelles et sa vieille pierre blanche, omniprésente. Du lierre court sur les murs, cyprès et oliviers se dressent dans le paysage, bordant ses ancestrales maisons restaurées avec amour, aujourd'hui écrin de quelques galeries, boutiques et restaurants.
Un endroit que j'ai raté, et je m'en mords les doigts : le val des nymphes. Situé à 2km du village, il s'agit d'un lieu mystique, héritier d'un culte gallo romain, près d'une source. Dans cet écrin de verdure où les pierres sont recouvertes de mousse il ne reste des quatre édifices médiévaux qui s'y dressaient qu'une chapelle du 12ème siècle, mélange de styles roman et antique. On raconte également que les premiers habitants de La Garde Adhémar vivaient dans ses alentours avant de se déplacer sur les hauteurs.
Pour manger, nous avons poussé la porte d'un charmant restaurant dans le petit village de Taulignan, à quelques kilomètres de là, non loin de Grignan. Dans un décor authentique, La malle poste, avec ses voutes en pierre, ses jolies fenêtres et sa superbe cheminée propose une farandole de spécialités provençales servies sur d'élégantes tables. L'ambiance est cosy, intimiste, chic-décontracté, et les plats savoureux. Une soirée dans un beau cadre comme je les aime, dont je me souviendrai.
Pour dormir, nous avions réservé une nuit à Taulignan également.
La Rialhe
Objet de notre séjour dans la Drôme, le château de Grignan était un peu le clou du spectacle, le temps fort du week-end.
Perché en haut du village du même nom, on y accède à pieds par une pente assez raide, avec la sensation de mériter la visite, surtout lorsqu’on souffre de la cheville.
Le château, magnifique de loin, l’est d’autant plus de près. Clairement de style Renaissance, sa pierre provençale et son architecture peu habituelle frappent tout de suite les esprits, avec ses et ses rangées de fenêtres à carreaux.
Château fort construit vers le 11ème siècle, c’est la famille des Adhémar (encore et toujours eux) qui le pare de ses atouts Renaissance en le transformant de poste de garde à forteresse habitable par la noblesse. On dit même que François Ier y séjourna.
Mais la renommée du château se doit surtout à Madame de Sévigné. Le comte de Grignan, épouse au XVIIème siècle sa fille Marguerite, qu’on dit plus belle fille de France, ce qui sera toujours une blessure pour Madame de Sévigné restée à Paris. De cette séparation naîtront les lettres les plus connues de la littérature françaises.
Ravi de son nouveau prestige, le comte de Grignan aménage le château pour recevoir la noblesse parisienne. Festoyante et faste sont les maitres mots : il dépense sans compter.
Difficile en si peu de temps de visite de savoir à quel point le poids du temps passé par là aura endommagé le château, mais tout semble à s’y méprendre aux appartements d’origine, un vrai plongeon dans le passé, les deux pieds au coeur de l’histoire.
Le château de Grignan est juste sublime. De ses meubles à ses tapisseries, en passant par ses boiseries, candélabres et gypseuses, on se sent glisser au fil du grand siècle, dans cette France riche et puissante au temps de sa noblesse. Tout est magnifique, plein de gout, invite à la rêverie. Je ne m’étonne pas d’apprendre qu’il s’agit du plus grand (et du plus beau) château de mon Sud-est de la France. La Provence riche est toujours une surprise pour nous qui habitons l’autre Provence.
Je suis en plein vision-trip renaissance, images et associations d’idées m’aggripent l’esprit lorsqu’un gardien vient me taper sur l’épaule. Le château ferme entre midi et deux. Evacuez les lieux et revenez plus tard. Est-ce une blague ? Non, non, c’est bien réel. Nous sortons donc du château, partons déjeuner, et revenons plus tard. Oui, on en est là de l’absurdité. Vieille campagne, vieux moeurs. Je suis bouche bée.
La suite de la visite sera donc moins magique, plus désabusée. Forcément, la rêverie n’est plus au rendez-vous, hein… Bon, je sors de là tout de même assez flottante, un peu sur ma fin, mais je ne manque pas de passer à la boutique m’offrir une édition poche des Lettres de Sévigné. Je ne les ai jamais lues, il est temps d’y remédier.


Sans doute que j'imaginais Grignan très différemment. Le village ne manque pas de charme, avec sa pierre provençale, dominée par les cimes de son château. De loin, il a tout de la carte postale, de près, il est plus hésitant. De mutliples influences se tiennent à la croisée de son paysage. Médiéval, renaissance, contemporain, un savant mélange ... On sent le patrimoine riche et on imagine sans mal la fille de la marquise de Sévigné s'y balader au bras du comte de Grignan.




Sur la route de notre périple se dresse un nouveau château, et pas n’importe lequel. Suze la rousse, avec ses tourelles et ses mâchicoulis, a des airs de château forts et de relents d’époque féodale. Classé monument historique, on y sent le pouvoir du temps se déployer entre ses murs. Car Suze la Rousse se pare aussi d’atouts Renaissance et parvient à faire cohabiter parfaitement, comme certains de nos châteaux français, ce mélange en deux temps de deux ères et de leurs attributs.
Si l’extérieur, très médiéval, perché sur un éperon rocheux saisit d’entrée le visiteur avec ses hauts murs de forteresse, l’intérieur lui, porte les couleurs de la Renaissance. La cours d’honneur, assez impressionnante, rugit de beauté, avec sa pierre claire et son enchâssis de fenêtres à n’en plus finir. On imagine sans peine le coeur d’un bal de silhouettes du passé défiler sur ses pavés.
L’intérieur du château, moins riche que celui de Grignan, ne manque tout de même pas de charme, avec ses lambris et ses gypseries, ses peintures et ses arcades. On prend le temps de musarder entre ses murs, de faire galoper son imagination. Il y a tant d’histoires et tant d’horizons que pourraient raconter les pierres du château, qui en ont vu passer, des siècles et des hommes.
Suze-la-rousse possède aussi la particularité d’abriter sous son toit, l’Université du vin, école de renom pour les aspirants aux métiers de la vigne et du vin. Une petite exposition y était présentée lors de notre passage, mais j’avoue ne pas m’y être penchée avec beaucoup de passion. De même que son jeu de paume, pourtant un des mieux conservé de France, qui ne m’a pas spécialement éblouie.
On ne s'attarde pas spécialement à la visite du village, notre prochaine point d'intérêt se situant à quelques kilomètres de là.



Sans doute mon étape coup de coeur. Vaison-la-Romaine, un lieu inconnu de moi mais un nom familier, qu'aimait à répéter mon grand-père. J'ai trouvé ce village tout de pierres et de charme, bâtit en hauteur, profondément merveilleux. Avec la vigne rouge témoins de l'automne, la luminosité déclinante mais franche et le peu de monde dans les rues de cette cité médiévale qui sent si bon la Provence, je me suis sentie les sens envoutés.
Plus tard, j'ai compris que je n'aurais qu'effleuré cette ville. Car Vaison-la-Romaine se divise en trois parties. Le site archéologique gallo romain, la ville-basse, partie moderne avec ses commerces et ses marchés, puis la ville-haute, cité médiévale entourée de remparts. Nous n'avons qu'exploré la partie médiévale.


Encore un village que je méconnaissais, et pourtant, encore un endroit merveilleux. Seguret, une vraie perle du Vaucluse. Classé Plus beaux villages de France, on est de prime abord immergé dans ses rues au fond desquelles on devine un village plutôt petit. Il est d'ailleurs impossible d'y circuler en voiture, le ton est donné.
Nous quittons à regret le village, avec pour ma part la folle envie d'y retourner plus longuement, un jour de guérison, en automne aussi, et pourquoi pas d'y prendre mes quartier pour un week-end dédié.


Nous entammons notre visite des caves et de dégustation de vin. Mais avant, un détour par le village de Gigondas s'impose.
S’il fallait faire le bilan de ce séjour, je dirais que j’ai été très agréablement surprise de ce que j’ai pu croiser. Je ne m’attendais pas à un tel dépaysement au sein de ma propre région. Il est vrai que nous n’avons pas spécialement l’habitude de l’explorer en automne, et c’est un tort. Tout est plus agréable en automne, finalement.
Région viticole, Provence riche, la Drôme provençale séduit de par son climat épicurien, et franchement esthète. De superbes villages, un bel art de vivre, de l’inspiration à chaque coins de rue, et le calme respirant de la nature.
J’ai particulièrement aimé sa touche historique et son patrimoine, la région portant encore les atouts de ses riches heures. La Drôme m’aura donné envie de renouveller ma visite en ses lieux, à deux pas de chez moi, avec tant d’autres endroits à explorer. Des années plus tard, je dois dire que j’en garde un plutôt très bon souvenir.
Proprement sous-côté, le département gagnerait à être bien plus connu et je reste persuadée que ses attraits sauront séduire tous types de visiteurs, du plus intello-arty au plus sportif et au plus quidam d’entre nous.
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